Premier dossier

Tu l’allaites encore, à son âge ?

Toutes vos réponses
samedi 7 octobre 2006.
 
Toutes vos réponses à la question : "Tu l’allaites encore, à son âge ?"

Lorsqu’on allaite un bambin, on est toujours confronté, un jour ou l’autre, à des questions ou des remarques. L’allaitement long n’est plus la norme dans notre culture et nombreux sont ceux qui vont nous en faire la remarque. Certaines mamans commencent à entendre des commentaires alors que leur bébé n’a que trois mois !

Parmi les réponses reçues pour ce dossier, on peut constater que peu d’entre vous se retranchent derrière des arguments scientifiques. Il n’en est pas moins vrai que de nombreux arguments existent (cf. le feuillet n° 21 du Dr Newman ou le site de La Leche League), en ce qui concerne les avantages tant pour le bébé, que pour la mère.

Personnellement, il m’est arrivé plus d’une fois de citer les recommandations de l’OMS : allaitement exclusif jusqu’à six mois, allaitement partiel jusqu’à deux ans et plus. Malheureusement, de nombreuses personnes pensent que ces recommandations sont surtout faites pour les pays très pauvres... Comme si le fait de pouvoir payer le lait industriel effaçait tous ses inconvénients ! Heureusement, la France se met enfin à recommander le lait maternel, elle aussi.

"Les arguements scientifiques, j’ai appris à ne pas m’en servir, car je me suis aperçue que mon entourage ne se donne pas la peine d’y prêter vraiment attention", explique Céline, maman de Clara (3 ans) et de Nathan (8 mois), de Strasbourg. Cette maman n’hésite pas à utiliser un mode plutôt humoristique dans ses réponses :

-  Je déteste faire la vaisselle !

-  Je déteste me lever la nuit, donner le sein, c’est très pratique !

-  Je fais plein d’économies ! (d’autant plus que son fils a un terrain atopique et que le lait infantile HA est hors de prix)

Ce n’est pas que ces arguments ne soient pas vrais, d’ailleurs, mais ce qui rend ces réponses comiques au second degré, c’est que la maman pourrait presque passer pour fainéante ou radine, alors qu’elle donne à son enfant ce qu’elle a de meilleur !

Céline n’hésite pas non plus à utiliser le simple bon sens : "Mon lait est le meilleur produit bio que je connaisse !" ou bien "Pourquoi devrais-je acheter le lait, le chauffer, laver les biberons, alors que le mien est idéal, toujours prêt et à la bonne température ?". Et oui, non seulement l’allaitement constitue la nourriture idéale pour l’enfant, car prévue par la nature, mais en plus c’est si simple. Pourquoi s’en priver ?

Au-delà de toute argumentation, on peut couper court aux remarques. Carine, maman de 2 enfants (8 ans et 15 mois), se contente de répondre "Ben ouais !" lorsque que quelqu’un s’étonne de la voir allaiter son bambin. Il m’arrive bien souvent d’utiliser une technique proche : je réponds "Oui, oui, il tête toujours !" avec un grand sourire ravi, comme si je n’avais pas entendu le ton critique de mon interlocuteur. Ma façon d’insinuer "n’est-ce pas que c’est formidable ?" a le don de clore la conversation ! Dans le même esprit, j’ai appris à répondre aux regards réprobateurs par un grand sourire, qui déstabilise finalement plus qu’une réaction agressive.

D’ailleurs le but de nos réponses n’est pas d’agresser tout le monde, mais plutôt de se protéger. Après tout, certaines personnes sont surprises sans y voir du mal, ce qui peut donner lieu à une conversation très intéressante. Ce n’est pas comme si on voyait souvent des bambins têter en France !

Et il ne faut pas négliger l’aspect psychologique que semble déclencher le thème de l’allaitement chez certains. "Moi, je crois qu’il ne faut surtout pas répondre du tac au tac, sinon cela passe pour de l’agression et cela empire les choses. Les gens n’ont pas envie qu’on leur démontre les avantages de l’allaitement. Ce qui les intéresse, c’est qu’on les écoute. Un joli sourire, quelques hochements de tête, des ’Ah oui ? Vous croyez ?’ désamorcent tout conflit. Quand on nous dit : ’Tu crois que ton lait est assez nourrissant ?’, on a tendance à prendre cela pour un jugement très blessant alors qu’en fait, derrière, il y a une véritable interrogation de quelqu’un qui n’y connait pas grand chose et qui a envie de raconter son histoire. Si on lui répond avec le sourire ’Je pense que oui, et toi, qu’est ce que tu en penses ?’, on entendra souvent l’histoire d’un sevrage très mal vécu à une époque lointaine pour nous, mais encore si présente pour notre interlocutrice." (Isabelle, maman de 3 enfants de 18 ans, 13 ans et 8 ans).

Il reste toutefois le problème de ceux que l’on ne tient pas à écouter : ces inconnus qui vous sautent dessus, dans la rue ou à la ludothèque, pour vous dire que vous avez tort sur toute la ligne. Dans ce cas, respirez à fond et misez sur l’humour ou le bon sens, comme cette maman de la lactaliste : "Je pense qu’il ne tétera plus à dix-huit ans, il aura sans doute trouvé une autre paire de seins à ce moment-là !". Puis poursuivez votre route ou vos activités sans vous mettre à douter de ce que vous faites. Ce n’est pas parce que l’allaitement long est mal compris en France qu’il en est moins bon. Vous donnez le meilleur à vos enfants ! Comme conclut Céline, "Il suffit de regader les yeux de mon fils lorsqu’il tète pour comprendre pourquoi je continue à l’allaiter".

Stéphanie Boudaille-Lorin ® 2006 lesparentsextra-terrestres@yahoo.fr http://extra-terrestres.site.voila.fr/ Cet article peut être librement utilisé à des fins non commerciales, à condition qu’il soit entier, y compris ces quelques lignes. Merci de me prévenir de l’utilisation que vous en faites.