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Plus jamais d’ennui !

De Sandra Dodd, traduit de l’anglais au français par Stéphanie Boudaille-Lorin
jeudi 2 novembre 2006.
 
Votre enfant ne sait pas quoi faire ? Il se plaint de ne pas s’amuser et s’écrie "je m’ennuie !" ? Comment réagir ? Faut-il l’aider à trouver une occupation ou est-ce à lui d’y parvenir ?

Une maman qui ne scolarise pas non plus ses enfants m’a écrit un jour : « C’est une leçon de valeur que d’apprendre à gérer l’ennui, comme toutes les autres émotions ».

Avant ce jour-là, je n’avais jamais pensé à l’ennui comme étant une émotion, mais l’idée m’a séduite. Lorsqu’un enfant se tourne vers moi pour être conseillé sur la manière de gérer un état émotionnel quel qu’il soit, j’en suis flattée.

Dans notre culture, il est de coutume de voir l’ennui comme un péché. Les parents qui n’ont pas réfléchi répondent à « Je m’ennuie » par « Tu n’as qu’à passer la serpillière dans la cuisine » ou « Tu as pour une fortune de jeux, tu ne peux pas t’ennuyer », voire « L’ennui, c’est bon pour toi ». Je pense qu’il faudrait réfléchir à nouveau à cette habitude bien ancrée de rabaisser les enfants qui utilisent le mot « ennui » (ou bien il faudrait y réfléchir tout court, puisque de nombreux parents n’y ont jamais accordé beaucoup d’attention, mais se contentent de répéter ce que leurs propres parents leur avaient dit).

Si un enfant venait vous dire qu’il a le cœur brisé, lui diriez-vous qu’il n’est qu’un petit morveux et qu’il n’a qu’à nettoyer le garage ? Si un autre vous confiait qu’il est en colère au point de frapper, lui diriez-vous « Alors assieds-toi et lis un livre, que cela te convienne ou non ! » ? N’essayeriez-vous pas de les aider ? Cela n’a pas de sens, à mes yeux, que des parents fassent honte à leurs enfants parce qu’ils leurs disent qu’ils ne savent pas quoi faire.

La seule chose que l’on puisse obtenir en punissant des enfants qui s’ennuient ou en les renvoyant ailleurs, c’est qu’on leur apprend que ce n’est pas la peine d’aller voir ses parents lorsque l’on cherche un avis ou des idées.

Parfois, derrière « je m’ennuie », le message réel est « je suis petit et je me sens agité et vaguement mécontent, mais je ne sais pas quoi faire pour faire passer cette sensation. Que ferais-tu, si tu avais mon âge, et que tu étais à ma place, dans une même occasion ? ».

Je crois que cela mérite une réponse serviable et respectueuse.

Il est rare que mes enfants me disent qu’ils s’ennuient, mais lorsque cela arrive, je les rejoins ou les emmène dans une autre partie de la maison, et je pense très vite à ce que je pourrais bien trouver qu’ils n’ont jamais vu ou pas vu depuis longtemps. Je réfléchis aux fournitures de loisirs créatifs, aux jeux, jouets ou instruments de musique auxquels ils ne pensent plus depuis quelque temps. Je fais le tour de mon esprit aussi bien que de ma maison, à la recherche de ce qui pourrait leur procurer une stimulation visuelle, auditive, olfactive ou mentale, ou encore mieux, quelque chose qui répondrait à deux ou trois de ces critères. La stimulation tactile est très positive également ; je peux par exemple leur proposer une douche ou un bain avec de nouveaux jouets ou des jouets différents, ou un nouveau savon. Parfois « arroser la cour » (jouer avec le tuyau d’arrosage) fera l’affaire. Lorsqu’un bébé pleure sans que l’on sache très bien pourquoi, les parents vont en général chercher sans rechigner à voir si le bébé leur dit « Je ne me sens pas bien ». Ils vont essayer de le changer, de lui proposer un contact physique, de le couvrir ou le découvrir, d’avoir plus ou moins d’air, de manger chaud ou froid, de se promener dehors, de faire un tour en voiture, bref, de faire quelque chose de différent. Les enfants plus grands ont les mêmes besoins et il arrive que l’expression de ce besoin sonne comme une plainte, de l’irritabilité ou un cri d’ennui.

Ce n’est peut-être pas un besoin physique, mais intellectuel. L’ennui est une demande de quelque chose que les parents qui font du unschooling devraient accueillir avec plaisir. C’est un enfant qui dit « Que pourrais-je ajouter d’exaltant à ma vie ? ». Cela peut être une bonne opportunité pour présenter un nouveau sujet, une nouvelle activité ou une réflexion.

C’est peut-être une demande émotionnelle qui sera résolue par un moment d’attention sans partage de la part du parent. Faire une promenade, quelques blagues, un câlin, s’enquérir des projets de l’enfant ou de ses amis peuvent répondre à plusieurs besoins d’un coup. Si après avoir marché et parlé, l’enfant ne se sent pas plus dispos, vous aurez tout de même passé du temps ensemble, ce qui fait que son cri d’ennui aura été une invitation bien utile à développer le lien entre vous.

Parfois “je m’ennuie” signifie je suis fatigué, je manque d’énergie, j’ai besoin de faire une pause dans mes réflexions et mes responsabilités. Organiser une sieste ou diffuser une vidéo calme (même pour les plus grands : une comédie romantique ou une comédie dramatique légère au lieu d’un film d’action), en laissant un oreiller sur le canapé et en dirigeant le reste de la famille vers d’autres pièces, peut mener à une sieste non prévue, mais bel et bien utile.

Je suis grande maintenant, mais il m’arrive toujours à l’occasion de m’ennuyer. Réfléchir à la cause de mon ennui et ne pas m’en vouloir pour cet ennui m’a permis de mieux aider mes enfants dans l’apprentissage de quelques techniques pour qu’ils se débrouillent, techniques qu’ils utiliseront dans leur vie. Il m’est également arrivé d’utiliser mon ennui occasionnel comme déclic pour aller chercher les enfants. S’il y a un vide dans ma vie désormais, je le remplis avec ces enfants qui partiront si vite.

Accueillez favorablement les opportunités d’apprendre quand et pourquoi votre enfant vous demande votre avis et de la stimulation de votre part. Votre enfant n’aura pas toujours autant besoin de vous ; il est bien utile pour les parents de savoir quand votre enfant est demandeur et d’y voir quelque chose de positif. Les parents d’enfants scolarisés se plaignent souvent d’un manque de communication ou d’une incompréhension. Les parents qui déscolarisent leurs enfants disposent de ce luxe qu’est de vivre ensemble à plein temps, et devraient saisir l’opportunité de faire mieux. Les unschoolers ont, en plus, l’avantage de considérer chaque échange avec leur enfant comme une expérience instructive. La conscience de soi-même, l’aisance dans les relations, la créativité et la compassion sont des qualités qui entrent toutes en jeu lorsqu’un enfant et un parent sont capables de transformer un cri d’ennui en un souvenir joyeux.

Texte de Sandra Dodd, 1998 Article original. Traduction de Stéphanie Boudaille-Lorin

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