Billet d’humeur

Je me demande si Mme la Défenseur des Enfants...

lundi 11 décembre 2006.
 
Mes interrogations suite à l’interview de Mme la Défenseur des Enfants au journal TV de France 2 à 13h le 20/11/06. Un rapport d’enquête a été remis au chef de l’Etat afin de légiférer sur un partage et une délégation de l’autorité parentale via la création d’un mandat éducatif et de la rédaction d’une convention en cas de séparation, pour adapter la loi aux nouveaux visages de la famille (monoparentale, recomposée) et pour apaiser ( ???) la souffrance des enfants lors d’une séparation familiale ; ce qui m’interpelle, c’est la façon dont Mme la Défenseur des Enfants a abordé le sujet en parlant du cas de Simon, père... D’emblée, c’est le point de vue de l’adulte qui est envisagé ! Je pense que c’est plus la volonté des adultes qui est prise en compte, d’adultes qui cherchent à s’approprier les enfants et qui sont en "peine d’amour" et ne parviennent pas à les aimer... Il a été évoqué le fait qu’un beau-parent ne pouvait pas emmener l’enfant de sa ou son compagnon chez le médecin et qu’un projet de loi sur la délégation d’autorité parentale pourrait le permettre... Comme si un enfant avait besoin de consulter un médecin couramment !!! Cela ne me parait pas constituer une priorité en matière d’éducation et de santé. L’exemple me semble mal choisi, mais révélateur de pratiques banalisées. Il me semble que les enfants endurent bien d’autres souffrances avant, lesquelles préparent certainement le lit d’une souffrance plus lourde lorsqu’une séparation intervient.

Mme la Défenseur des Enfants, avec un titre pareil, Elle doit être mandatée par de nombreux enfants ?

Mme la Défenseur des Enfants entend-Elle la souffrance des bébés qu’on laisse pleurer jusqu’à épuisement, jusqu’à ce qu’ils se réfugient dans un sommeil plus protecteur que les adultes dont il dépend ?

Mme la Défenseur des Enfants entend-Elle la souffrance de ces bébés qui ne pleurent plus et qui apprennent à ne pas écouter leurs besoins parce que personne n’est là pour les combler, qui apprennent la négation de soi, et qui adultes, ont un mal de chien à s’épanouir, qui sont blessés par un mal de vivre dont ils ne parviennent pas à sonder l’origine, qui se méconnaissent, et qui deviennent inaptes à communiquer et à nouer des liens ?

Mme la Défenseur des Enfants entend-Elle les pleurs et les cris des jeunes et grands enfants que certains parents et adultes giflent, cognent, fessent, tirent par les cheveux, frappent brutalement sur la main dès que l’enfant est en âge de se mouvoir seul, parce que les récalcitrants, les capricieux, ça se corrige, ça se redresse par la force, comme c’est l’usage ! Au mépris de leur corps et de leur coeur ! C’est bien la loi du talion que nombre d’enfants subissent à la maison ! Et je ne suis pas certaine que c’est à l’école que ces comportements sont remis en cause ! ça fait combien d’enfants peu confiants et plus tard d’adultes dociles et bien conformes au moule social à en perdre toute empathie et toute humanité, ou alors délinquants ? Qui préserve l’intégrité physique, pourtant garantie par la Loi², de ces personnes que sont les bébés, les jeunes enfants et les enfants ?

Mme la Défenseur des Enfants entend-Elle les pleurs des nourrissons, des bébés, des enfants que le pédiatre, sans se poser de questions, pique selon un calendrier vaccinal de plus en plus lourd, soit disant pour leur bien, à leur corps défendant, et violant ainsi leur intégrité physique laquelle est pourtant garantie par le Droit² ? ça fait combien d’enfants puis d’adultes qui souffrent dans leur chair et tombent malades, de maladies étranges et comme tombées du Ciel, et à qui l’on veut faire avaler que c’est la fatalité du genre c’est viral ou génétique ?!

Mme la Défenseur des Enfants entend-Elle la souffrance de ces bébés d’à peine 10 semaines et dont les mères se séparent au moins 8h par jour pour retravailler ? ça fait combien d’enfants affectivement insécures et ensuite d’adultes dépendants affectivement et dans l’incapacité de s’aimer d’abord eux-mêmes et de se réconforter ? Sait-Elle que la qualité du lien tissé avec la mère les premières années et les conditions (âge de l’enfant) de la séparation d’avec la mère préparent et imprègnent toutes les relations à venir ainsi que les séparations... Alors il faudrait peut-être commencer par là... Et encourager, par une information sur les bienfaits mutuels du maternage, de l’allaitement long, par une valorisation et non pas une "pénalisation" dans le monde du travail, par des mesures financières aussi, les mères à demeurer auprès de leur petit, à le materner suffisamment longtemps, et ce dès le premier enfant.

Est-il besoin d’ajouter que toutes ces pratiques sont cautionnées par nombre de professionnels de la petite enfance ?

Je terminerai, Mme la Défenseur des Enfants, sur ces très justes lignes extraites de L’Enfant (écrit en 1935 et réédité en 2003, p12, p13, p15, p16) du docteur Maria Montessori, saisissantes d’actualité :

"Il n’y a pas de place pour l’enfant dans la maison de plus en plus réduite de la vie moderne, où les familles s’entassent. Il n’y a pas de place pour lui dans les rues, parce que les véhicules se multiplient et que les trottoirs sont remplis de gens pressés. Les adultes n’ont pas le temps de s’occuper de lui quand la besogne est urgente. Le père et la mère vont tous les deux au travail ; et quand il n’y pas de travail, la misère opprime l’enfant et l’entraine avec les adultes. Mais, même dans les conditions les meilleures, l’enfant est relégué à la nursery, avec des étrangers payés ; et il ne lui est pas permis d’entrer dans la partie de la maison réservée à ceux qui lui ont donné la vie. Il n’y a pas un refuge où l’enfant puisse sentir que son âme sera comprise, où son activité pourra s’exercer. Il faut qu’il reste tranquille, qu’il se taise, qu’il ne touche à rien parce que rien n’est à lui.[...]Sa position est comme celle d’un homme sans droits civiques et sans ambiance propre : un extra social, que tout le monde peut traiter sans respect, insulter, battre, punir, en exerçant un droit reçu de la nature : le droit de l’adulte.[...] La question sociale de l’enfant pénètre[...] avec ses racines, dans la vie intérieure de l’enfant ; elle se répand sur nous, adultes, pour secouer notre conscience, pour nous rénover. L’enfant n’est pas un être étranger que l’adulte peut ne considérer que de l’extérieur, avec des critères objectifs. L’enfant est la partie la plus importante de la vie adulte. Il est le constructeur de l’adulte. Le bien ou le mal de l’homme mûr a des liens d’étroite dépendance avec la vie de l’enfant qui est à son origine. C’est sur l’enfant que tomberont et se sclupteront toutes nos erreurs, et c’est lui qui en portera les fruits indélébiles.[...] Toucher à l’enfant, c’est toucher au point le plus sensible d’un tout qui a des racines dans le passé le plus lointain et qui se dirige vers l’infini de l’avenir. Toucher à l’enfant, c’est toucher au point délicat et vital où tout peut encore se décider, où tout peut encore se rénover, où tout est ardent de vie, où sont enfermés les secrets de l’âme, parce que c’est là que s’élabore la création de l’homme."

Notes :

² En effet, la loi n°94-653 du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain, concerne les articles 16, 16-1, 16-3 et 16-4 du Code Civil :

Art.16 : "La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie."

Art.16-3 : "Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne. Le consentement de l’intéressé doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n’est pas à même de consentir."

Alexandra