Témoignage

Accouchements

vendredi 1er décembre 2006.
 
Témoignage de deux accouchements naturels : pourquoi, comment, etc.

Lorsque j’ai été enceinte de ma première fille, je ne pensais qu’à une chose : la douleur de l’accouchement. Ma première idée a été : hôpital et péridurale.

Je me souviens avoir emprunté un livre sur la péridurale à la bibliothèque. Tout avait l’air complètement magique, apparemment, on ne sentait pas la moindre douleur. Avant de prendre certaines décisions, j’aime bien sonder mon entourage. Comme autour de moi, tout le monde ou presque avait déjà accouché, j’ai commencé mon sondage, ton accouchement, la douleur, la péridurale ? ? ? Et là, stupeur, ce que l’on me racontait ne ressemblait pas du tout au contenu tout lisse du livre que j’avais lu. Et l’une de me raconter que la péridurale avait fait effet après l’accouchement, donc qu’elle avait eu très mal et que ça n’avait servi à rien, une autre que la péridurale avait fait effet d’un côté du corps et pas de l’autre, très peu avaient des choses vraiment positives à raconter.

Lorsqu’une de mes amies dont j’apprécie beaucoup le sens pratique m’a dit : « tu sais, une piqûre avec une grosse seringue dans le dos, tout près de la moelle épinière, certaines sont restées paralysées après », là, j’ai su que ce n’était pas pour moi. Naïvement, je croyais que c’était un médicament qu’il fallait avaler, je déteste les piqûres, alors en plus dans le dos, avec une grosse seringue et près de la colonne vertébrale : exit la péridurale.

Il restait l’hôpital. Je suis allée à une visite de contact, lorsque j’ai vu l’endroit (hôpital de Pontoise, dans le Val d’Oise), senti les odeurs, j’ai su que je ne savais pas encore où j’accoucherai, mais que la seule chose qui était sûre, c’est que ce ne serait pas dans cet endroit. Il n’y avait rien de particulier, mais ce n’était pas moi, c’est tout. Et clinique ou hôpital, pour moi, c’est pareil.

Je me suis alors souvenu de mes enquêtes de terrain en ethnologie durant mes études. J’avais travaillé sur les sages-femmes sorcières en Hongrie, parlé avec beaucoup de vieilles femmes et des anciennes sages-femmes. A leur époque, toutes accouchaient chez elles. L’idée a commencé à germer, je me suis renseignée à droite à gauche, j’ai trouvé une association de sages-femmes à domicile à Millau, des adresses en région parisienne, et des soirées d’information dans un magasin qui n’existe plus, Le Dauphin voyageur, près de Montparnasse. Nous y sommes allés, le papa et moi, et c’est un peu pour cela que j’écris ce texte maintenant, pour rendre ce qui m’a été donné ce soir-là par la magie d’un témoignage. Il y avait des parents, qui avaient déjà des enfants, qui en attendaient, une sage-femme, Pom Suse, et une maman, Astrid, qui avait accouché avec elle. Il émanait une telle sérénité de son témoignage que j’ai su que c’était cela qui allait me convenir.

Le papa était d’accord. Nous sommes aujourd’hui séparés, mais sa présence et son accord ont été très importants dans cette expérience. J’ai pris contact avec la sage-femme la plus proche de chez moi, Blandine Bariteau. Elle est maintenant à La Réunion, d’où est originaire son compagnon. Assez froide au premier abord, elle a été super tout le long de ma grossesse et lors de l’accouchement. Alors que la gynécologue, qui me suit depuis des années, et qui avait commencé le suivi de ma grossesse, était complètement stressée par un accouchement à la maison. Je me souviens être sortie d’un de ses rendez-vous, elle s’était énervée, mon bébé était petit et je voulais accoucher chez moi, elle m’avait tellement stressée aussi que je serrais les jambes en sortant, j’avais l’impression que ma fille allait sortir comme ça.

Bon, finalement, Shabnam, 13 ans ½ pile aujourd’hui, est née à terme, en prenant son temps, tranquillement, sans péridurale, ni rien du tout, mais quand même en me « chatouillant » très intensément les reins. Elle pesait 2,7 kg. Le placenta n’est pas sorti, un médecin super, le docteur Michel Courteaud, venu prêter main-forte à Blandine à la fin de l’accouchement, l’a donc sorti à la main. Rien d’agréable, mais vivable à la maison.

Dès que Shabnam est née, Blandine me l’a posée sur le ventre, puis mise au sein, je me souviens avoir eu l’impression que Shabnam rampait vers mon sein. Elle l’a pris, a commencé à têter, ça m’a fait bizarre, évidemment, comme je n’avais pensé qu’à la douleur de l’accouchement, j’avais pourtant vu le film du Docteur Leboyer adolescente et lu son livre, Shantala, mais donc, comme je m’étais polarisée sur cette idée de douleur, je n’avais rien imaginé sur l’allaitement. Shabnam a commencé à téter, m’a fait pipi dessus, a continué à téter, m’a fait caca dessus, et a continué à téter. Blandine a nettoyé, me disant qu’apparemment, tout fonctionnait bien !

Pour ma deuxième fille, 4 ans ½ plus tard, une petite visite au début avec la gynécologue, puis tout le suivi avec Blandine.

Tout s’est bien passé, c’est vraiment différent quand on sait où on va. Evidemment, il n’était pas question que j’accouche ailleurs que chez moi. Mais Blandine partait à la réunion en décembre et devait revenir le 24, dans la matinée.

Le 23, à midi, les contractions commencent. J’appelle mon mari à son travail, la voisine, une mamie, vient prendre Shabnam, mon mari rentre, et moi, échaudée par une maison en bazar continu pendant plusieurs mois après la naissance de la première, je me dis, qu’est-ce que ça va être avec deux, donc je commence à faire le ménage en grand. Après le ménage, la douche, car après mon premier accouchement, Blandine n’avait pas voulu que je prenne de douche pendant quelques jours.

Auparavant, j’avais appelé le Docteur Courteaud, prévu en remplacement de Blandine au cas où. « Docteur, je crois que je vais vous inviter à prendre le thé. » Pendant que j’étais sous la douche, mon mari comptait l’intervalle des contractions, mais sous l’effet de l’eau chaude, elles se sont rapprochées, au Docteur qui rappelle, il dit l’écart qui se rétrécit. Du coup, le docteur décommande son dernier rendez-vous et arrive rapidement. Sauf que passé l’effet de la douche, les contractions ont repris leur rythme régulier d’une tous les quarts d’heure.

La voisine est passée, nous lui avons demandé de garder Shabnam à dormir et donné le nécessaire. Monsieur a dormi avec son chien sur le canapé et elle a gardé Shabnam avec elle pour la nuit. Passé l’épisode thé, je commençais à avoir sérieusement faim. Le docteur m’a dit qu’entre une crise de faiblesse à cause de la faim et l’appétit, autant que je mange. Donc nous avons commandé un couscous au restaurant d’à côté, et mangé tous les trois, le médecin, le papa et moi. Franchement, à part les contractions dans les reins tous les quarts d’heure, j’avais vraiment l’impression de passer une soirée entre copains. Ce médecin est vraiment super, il a travaillé dans différents pays, est très humain, c’était très agréable.

Quelques heures plus tard, sa femme a téléphoné, elle était allée seule à la soirée chez ses parents, est-ce qu’il rentrait bientôt ? Il lui a proposé de venir nous rejoindre, finalement elle est rentrée chez eux. Mon mari et le médecin baillaient à qui mieux mieux, alors je leur ai suggéré de s’allonger dans le salon pendant que je faisais des tours et des tours autour de la table de la cuisine. Je ne vous raconte pas leurs ronflements.... A minuit, la poche des eaux s’est rompue, j’ai sauté dans une bassine, les ai réveillés, l’accouchement a augmenté en intensité, durant une demi-heure, puis rien pendant un quart d’heure, et rebelote pendant trois-quarts d’heure et à une heure trente du matin, Shady était là, elle a sourit, le docteur a dit que c’était comme cela quand un accouchement se passait bien. Elle a tété, le placenta est sorti tout seul. Nous avons laissé un message sur le répondeur de Blandine, la sage-femme, qui était dans l’avion et a atterri dans la matinée. Elle est venue le lendemain, soulagée de n’avoir pas enchaîné un accouchement après l’atterrissage et le décalage horaire et je ne sais pas si le docteur était très en forme le soir pour son réveillon de Noël...

Bernadette Nozarian, auteure du site Manger Bio http://www.mangerbio-eatingorganic.net/