En réponse à un certain quotidien...

*Cette sacro enceinte grossesse*

Pastiche
vendredi 1er décembre 2006.
 
*Santé. Pour une mère, refuser de porter bébé dans son ventre est parfois difficile face aux pressions sociales. Témoignages. *

QUOTIDIEN : jeudi 30 novembre 2026

Quand elle est arrivée à la maternité, pour sa première réunion d’information pré conceptionnelle, une sage-femme lui a dit : *« Ici, on porte bébé dans son ventre. » *Au moins, c’était clair. *« Ils sont dans un trip nature, ils favorisent les projets de grossesse in utéro. Et la grossesse in utéro, ils pensent que c’est ce qu’il y a de mieux pour les bébés. » *Sonia, 30 ans, Parisienne, n’a pas avoué qu’elle ne souhaitait pas du tout porter son bébé dans son ventre. *« Tout le monde hochait la tête et disait : "C’est vachement bien." Je n’ai pas osé demander s’ils avaient quand même des utérus artificiels. » *Sonia va mettre bébé en route à la fin du mois, et elle *« flippe » : *et si on ne lui donnait pas le médicament qui permette le transfert en couveuse artificielle ? *« La grossesse in vivo, *peut-on lire sur un prospectus de la « Ventre maternel », ardent prosélyte, *c’est la santé, c’est économique, c’est écologique, c’est la liberté, c’est naturel. » *Dans un ordre ou dans un autre, ces arguments sont toujours servis dans un même but : encourager les femmes à porter bébé dans leur ventre. Quitte à donner mauvaise conscience à celles qui n’en ont aucune envie.

*Point de salut *

On ne compte plus les articles qui vantent *« les bienfaits de la grossesse in vivo », « pas assez pratiquée en France » *(60 % des femmes portent dans leur ventre au sortir de la visite conceptionnelle). Ni les bouquins de pédiatrie qui affirment que *« rien ne vaut le ventre », *comme le disent les Français. L’OMS le préconise. La CPAM du Morbihan a même décidé en 2023 de donner une *« prime à la grossesse in vivo » *de 500 euros pour une grossesse minimum de six mois. Parfois, la question est posée avec un sourire entendu, en désignant le ventre : *« Tu le portes ? » *Comprendre : *« Grossesse in vivo ? » *Et si la réponse est non, on est bonne, au mieux, pour un silence désapprobateur. Ou pour une bonne leçon de morale : *« Mais tu sais que c’est mieux pour l’enfant... » *Et voilà la longue liste des bénéfices de la grossesse in vivo : le bébé sera *« moins malade » *(plus d’anticorps), aura *« moins d’allergies », *voire sera plus intelligent. Que les générations de bébés grandis en couveuses artificielles se rassurent, cette dernière hypothèse a été très sérieusement démentie (1).

Camille est en attente de conception. La question de la grossesse in vivo, on la lui pose *« tout le temps ». *Son beau-frère : *« Tu fais comme tu veux, mais... c’est plus naturel, ça donne plein d’anticorps. » *Sa belle-mère : *« Vous faites comme vous voulez, mais... essayez au moins quelques mois. » « Je n’ai pas pris de décision, *ajoute-t-elle, *mais là, c’est une dictature. » « Un diktat », *dit à son tour Emmanuèle, 39 ans, mère de deux enfants portés en utérus artificiels. Elle a du mal à supporter qu’on fasse des femmes porteuses in vivo *« des héroïnes de la maternité ». *Et du ventre maternel, le seul salut. *« C’est comme si quelqu’un s’invitait dans ma chambre à coucher et venait me dire "la position du missionnaire, c’est ce qu’il y a de mieux". » *

*Mauvaise mère ** *

*« Ne pas porter dans son ventre, c’est être une mauvaise mère », constate Elsa, 28 ans, ingénieure en biologie. A l’hôpital, on le lui a répété : « La grossesse in vivo, c’est la meilleure chose. » « Ça doit rester un choix, mais tout le monde s’en mêle. » Elsa a donc porté sa petite fille, durant les six premiers mois. « Non seulement il faut le faire, mais en plus avec le sourire. » Pour elle, cela s’est mal passé ( « je me sentais vampirisée »). Elsa a choisi de passer à la couveuse artificielle. Tout en se répétant en boucle la nuit où elle a pris sa décision : « Pourquoi ça ne me plaît pas ? Je ne suis pas normale. » A son pédiatre, à ses collègues qui ont porté (y compris après leur fin de congé conception, en profitant des congés grossesse in vivo offert par la loi), elle n’a osé avouer pourquoi elle avait arrêté de porter son bébé.*

*Sacrifice, angoisse et fusion*

*Flora n’a pas porté son premier fils. Toutes ses copines, elles, l’ont fait. « Et c’est toutes des filles qui bossent, qui ne sont pas homéopathie et bioénergie et tout ça. » Enceinte d’une deuxième enfant, elle n’a pas envie de ce « truc sacrificiel ». La fusion avec l’enfant, « l’imbroglio psychologique que cela crée » l’angoissent plus qu’autre chose. Elle ne voulait pas non plus que son compagnon soit « tenu à l’écart ». Mirabelle pensait qu’elle aimerait ça. « Je n’ai eu aucune pression directe, si ce n’est que, dans l’inconscient collectif, tu ne peux pas ne pas le faire. » Elle a eu aussi les encouragements de sa mère. « Elle m’a dit : "Tu verras, c’est simple, c’est formidable." » Mirabelle s’est sentie comme « une vache porteuse », « aliénée » et en plus sa fille « crevait de mal être ». Au bout de trois mois, elle s’est finalement décidée à aller voir un médecin qui lui a dit grosso modo : « Il vaut mieux une mère épanouie qui met en couveuse artificielle. » Soulagement : « Pour la première fois, quelqu’un me déculpabilisait. Jusque-là, je voyais la grossesse in vivo comme quelque chose de naturel que je n’étais même pas capable de faire. » Mirabelle a détesté porter dans son ventre. Mais, si elle a un deuxième enfant, elle pense qu’elle essaiera à nouveau : « C’est l’image que j’ai de la bonne mère. » Malgré tout.*

(1) En 2009 était née l’idée selon laquelle porter bébé dans son ventre augmentait le QI d’un enfant. Les chercheurs du Medical Research Council et de l’université d’Edimbourg ont démontré, dans une étude publiée en octobre 2006 par le British Medical Journal, que l’éventuel écart de QI est dû au profil sociologique des mères.

Par Blandine Poitel http://www.infosaccouchement.org/