Si on élevait nos enfants comme des chiens ?

mercredi 13 décembre 2006.
 
Cela peut choquer mais c’est l’intérêt que j’ai porté à mon chien qui m’a amenée à remettre pas mal de choses en question sur nos pratiques éducatives et à m’interroger sur leur "humanité".

Tout d’abord, il y a une chose primordiale concernant la psychologie canine et qui se retrouve chez les autres mammifères. Tous les éleveurs de chiens et les spécialistes de ces bêtes le disent, un chien qui a été séparé de sa mère avant l’âge de sevrage présentera toute sa vie des troubles du comportement qui pourront s’accompagner en plus de troubles physiques. Il est très fréquent que des bêtes sevrées trop tôt (comme on peut en voir quand on appréhende les réseaux de traffic d’animaux) meurent rapidement ou présentent toute leur vie (généralement plus courte que la moyenne) une faible constitution. Notons que le sevrage des chiens se situe vers l’âge de trois mois pour des bêtes qui ont une espérance de vie de quinze à vingt ans... Au regard de cela, un sevrage à trois mois pour les bébés humains qui ont une espérance de vie de soixante-dix à quatre-vingt ans dans nos sociétés semble bien prématuré, non ? Quant à la non séparation entre le bébé et sa mère, n’en parlons même pas ! Dans nos sociétés tellement civilisées, le nouveau-né peine sorti du ventre de sa mère, qui ne connaît du monde que l’odeur de sa mère, son goût, sa voix, est saisi par des mains étrangères et gantées pour être emmené très vite loin de celle qui est tout pour lui afin de subir toute une batterie d’examens souvent inutiles et violents (je ne parle pas ici d’un bébé en détresse nécessitant des soins d’urgence mais des examens "de routine" qui subissent la majorité des bébés sous nos latitudes). On ne songerait pas à séparer une louve de ses petits... Peu de gens s’y risqueraient d’ailleurs. On sait que la quasi totalité des mammifères auxquelles on retire leur petit dans les deux premières heures qui suivent sa naissance ne leur manifesteront que de l’indifférence. Pourtant, il semble normal de séparer le bébé humain de sa mère dès ses premières minutes. Il est heureux que notre espèce soit capable de s’attacher à ses petits malgré la séparation précose, mais dans le cas d’un nouveau né en bonne santé, on peut vraiment s’interroger sur la nécessité d’une telle épreuve... Ne se prive-t-on pas ainsi de toute une part d’instinctif dans notre relation à l’enfant ?

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Quand je regarde une portée de petits chiots blottis bien au chaud contre les mamelles de leur mère, je ne peux m’empêcher de penser aux pouponnières des maternités où nos petits sont alignés dans des berceaux froids... Pourquoi trouvons-nous normal cette solitude de nos petits quand toute la vie animale nous crie son absurdité ? Sans parler des nombreuses théories qui ne cessent de prôner la séparation la plus précose entre la mère et l’enfant... Je ne compte pas le nombre de manuels de puériculture qui conseillent aux mères de sortir sans leur enfant dès le premier mois de vie. Et les mères obéissent persuadées qu’elles ne reprendront une vie sociale que de cette façon et passent des soirées sans plaisir à s’angoisser à propos de l’enfant resté seul qui aurait été tellement plus heureux d’accompagner sa mère dans sa sortie. Les mères qui refusent cette dictature de la séparation sont taxées de fusionnelles... comme si ce n’était pas ce dont le nouveau-né avait besoin à l’aube de sa vie. Les chiennes, les louves ou les chattes sont des mères fusionnelles, cela n’empêche pas leurs petits devenus grands de partir quand il n’a plus besoin de leur protection... C’est tout de même curieux que nous soyons l’espèce où la séparation physique de l’enfant et sa mère est la plus précose et la séparation psychique la plus tardive ? Dans une société qui prône l’autonomie et la séparation, on peut s’étonner des liens quasi pathologiques qui unissent les enfants à leurs parents à des âges plus qu’avancés. Ne cherchons-nous pas à compenser toute notre vie le manque de liens des premières heures ?

Quand on s’intéresse au dressage des chiens (ou d’autres espèces comme les chevaux...), on remarque une chose étonnante. Aujourd’hui tout ce que nous connaissons de la psychologie animale nous a conduit à bannir les coups de l’éducation de nos compagnons à quatre pattes. On sait que frapper un chien ne lui apprendra pas l’obéissance mais la violence et la peur. Les chiens battus sont très reconnaissables : Soit leur nature plutôt douce en aura fait des chiens excessivement craintifs - j’ai connu une jeune chienne battue qui fuyait dès qu’un homme voulait la caresser, elle n’acceptait que le contact des femmes- , soit si l’animal est un peu agressif, la violence en aura fait un tueur - on ne compte pas le nombre d’agressions commises par des chiens maltraités au point d’être devenus des bêtes furieuses, ces animaux n’attaquent pas les maîtres qui les maltraitent mais ne connaissent que le langage de la violence.

Pourtant quand on évoque l’éducation des enfants, le discours change. Certes, on condamne aujourd’hui le fouet ou le martinet mais on considère qu’une "petite tape de temps en temps n’a jamais tué personne". Aujourd’hui avec les problèmes de délinquance des mineurs, il est de bon ton de fustiger le laxisme éducatif et de regretter que les parents ne donnent pas plus souvent la fessée. On ne se demande pourtant même pas si les jeunes délinquants ont été élevés avec ou sans fessée ? On trouve normal de frapper un enfant pour lui apprendre à ne pas frapper un plus petit que lui et on n’envisage même pas qu’il soit possible d’apprendre à un enfant à regarder avant de traverser la rue sans recourir à la violence... Pourtant, les louves et les lionnes arrivent à protéger leurs petits dans des environnements autrement plus dangereux que nos jungles urbaines et sans violence. Il est tout de même édifiant que nous soyons la seule espèce animale à maltraiter nos petits pour "les éduquer"... la seule aussi où les petits subissent des abus sexuels de la part d’adultes... Nous devrions faire preuve de plus d’humilité à l’égard des autres espèces animales et nous dire que si comme le disait Michel Odent "notre bébé est le plus beau des mammifères", il mérite bien d’être traité aussi bien qu’un chien...

Yaël, maman de Sacha (16/02/06), auteure du blog http://bebe.david.yael.free.fr

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