Témoignage

Mes allaitements

mardi 27 février 2007.
 
Il y a quelques temps, je vous ai raconté mes accouchements à la maison, aujourd’hui, le chapitre suivant : mes allaitements.

Donc, pour la naissance de ma première fille, je m’étais tellement focalisée sur la douleur de l’accouchement que je n’avais pensé à rien concernant l’allaitement. Pour moi, ce serait tout simple : elle prendrait mon sein dans sa bouche et il y aurait du lait dans mon sein qui coulerait dans sa bouche, ça ne pouvait pas se passer autrement. Au cas où, j’avais acheté quelques biberons, je me suis aperçue des mois plus tard, que je n’avais rien acheté à mettre dedans !

Au début ça s’est à peu près passé comme je l’avais imaginé. Effectivement, mes seins étaient plein de lait, je débordais même. Elle prenait mon mamelon, tétait, s’endormait, j’essayais de me dégager, elle me rattrapait, tétouillait, se rendormait, j’avais l’impression de passer mes journées à ça, rien qu’à ça. Le lait lui coulait de la commissure des lèvres, elle dormait et tétait béate de bonheur et de bien-être. La belle vie quoi !

Sauf qu’au bout de 3 semaines, le mamelon droit à commencé à me faire mal, à cause de crevasses, je lui ai donc moins donné, car l’allaitement était douloureux, il me restait largement de quoi la nourrir avec l’autre sein. Sauf que j’ai fait exactement ce qu’il ne fallait pas faire, car mon sein droit, pas assez vidé, s’est engorgé. Mon homéopathe habituel n’était pas là, je suis allée voir quelqu’un d’autre. Est-ce que le traitement n’a pas été adapté, arrêté trop tôt, je ne sais pas, toujours est-il qu’après une guérison apparente, les choses se sont empirées petit à petit. Les crevasses avaient commencé dans la première quinzaine de juin. En juillet, j’ai eu des poussées de fièvre terribles, mon sein durcissait, gonflait, était tout rouge, avait la forme d’un ballon de rugby. Je marchais, le bras droit plié dessous, comme si je m’étais cassé le bras, mais en fait, pour tenir mon sein car la moindre secousse me faisait horriblement mal.

Coups de fil à la sage-femme, au médecin de garde, qui arrive au bout de plusieurs heures, l’haleine plutôt parfumée, mais qui pressent tout de même un abcès, et me dit, quel idiot, qu’en général, on n’allaite pas souvent, et qu’on arrête vers 2 mois, que ça va comme ça. Ma puce, née à la mi-mai, avait deux mois et demi. Visite à l’hôpital voisin : je tombe sur deux jeunes gens qui en savaient apparemment autant que moi, c’est-à-dire, bien peu, me reçoivent dans un espèce de cagibi et ne pensent pas nécessaire de faire le moindre examen. Lorsque je leur ai demandé si je pouvais amener ma fille avec moi pendant mon hospitalisation, ils m’ont demandé son âge : plus de 2 mois, et où j’avais accouché : chez moi. Alors, non, il n’y avait pas de place pour ma petite.

Je leur ai dit que je rentrais chez moi faire ma valise et embrasser mon bébé et je n’ai jamais remis les pieds dans cet endroit. Coup de fil à la clinique voisine : c’était un samedi, 16 h 30, début août : la radiologue me répond qu’elle m’attend jusqu’à 16 h 45, qu’après, elle part. Coup de fil au copain voisin, nous n’avions pas de voiture. Il nous emmène. Je tombe sur une hallucinée qui me parlait comme si elle ou moi ou les deux étions folles : Ahhhhhhhhh bon, vous avez été soignée à l’homéopathiiiiiiiiiiie, ahhhhhhhh bon, je ne connais paaaaaaaaaaaaas ! Elle regarde à peine mon sein et me dit aussitôt, que c’est évident, que j’ai un abcès et qu’il faut l’opérer d’urgence.

Retour à la maison, nouveau coup de fil à la sage-femme, je lui lis le rapport de la radiologue, elle me dit qu’effectivement, là, il n’y a plus le moindre doute, que j’appelle un autre hôpital, un peu plus loin, en disant que j’arrive avec mon abcès et mon bébé et que je viens de sa part.

Coup de fil à l’hôpital : ok pour l’abcès et le bébé, que j’amène mes couches. Le papa pique un 100 mètres au petit supermarché du coin car nous utilisions des couches en tissu. Le copain voisin reprend du service taxi et nous arrivons à l’hôpital.

Rien à voir avec le précédent. Le personnel y est attentionné, accepte parfaitement ma petite, comprend que je veuille continuer à l’allaiter. Me laisse la nourrir avant l’intervention, accepte aussi la présence du papa. Je pars, les laissant tous les deux, pleine d’angoisse : et si je ne me réveillais pas, est-ce que j’ai accouché à la maison pour arriver là quelques mois plus tard ?

Le lendemain, le chirurgien passe, me dit qu’il était temps, qu’il m’a retiré ¾ de litre de pus, que mon lait était resté pur, le pus ne s’était pas répandu partout, mais que, tout de même, j’avais eu chaud. Comme je suis couverte d’urticaire, je ne supporte pas nombre de médicaments, les infirmières modifient mon traitement. J’allaite ma petite avec le sein gauche, les infirmières ou le papa lui donnent des biberons de complément, je tire mon lait, avec un horrible tire-lait, à droite.

La sage-femme passe me voir, me montre comment tirer mon lait à la main, mais je n’y arrive pas, toutes les infirmières lui parlent de ce bébé qui ne pleure pas, qui reste collé à sa maman ou qui dort dans son petit lit, prévu pour un nouveau-né et dont elle touche déjà les extrémités.

8 ou 10 jours après, je rentre enfin chez moi. Une infirmière vient changer mes pansements. Je continue à tirer mon lait, que ma puce boit dans un biberon donné par son papa, elle tête l’autre sein. Quand la plaie est guérie, elle reprend les deux seins.

J’ai continué à tirer mon lait pendant un an et l’ai donné au lactarium, après, je n’en pouvais plus, j’ai arrêté. Ma fille a tété exclusivement pendant 17 mois environ, sauf la semaine de son premier anniversaire : du lundi au dimanche, elle a bu mais mangé aussi, le lundi suivant, c’était fini. Que mon sein. Elle grignotait un fruit le matin, ou plutôt le malaxait et aspirait le jus, un bout de pain pour se faire les dents, mais pas de vrai repas. En septembre, elle a commencé à manger, mais le sein est resté important et l’allaitement a duré 4 ans.

Pour ma deuxième fille, également née à la maison, je n’avais pas du tout l’intention de recommencer ce genre d’expérience. J’ai essayé tout ce que j’ai pu pour ne pas avoir trop de lait. Désolée d’écrire cela si vous qui me lisez n’en avez pas assez ! J’ai fait attention à ma position, d’autant plus qu’elle avait une toute petite bouche, qu’elle n’ouvrait pas trop grand. Je ne voulais plus entendre parler de tire-lait.

En fait, à la fin de l’allaitement de l’aînée, je n’avais plus le moindre plaisir à l’allaiter, ça me dérangeait. Je me sentais bizarre, j’avais l’impression de quelque chose, d’une force étrangère vers le plexus solaire, puis après, d’avoir quelque chose au foie. Je suis allée voir mon homéopathe habituel, en lui demandant d’examiner mon foie. Il l’a trouvé tout à fait bien, par contre, il a repéré quelque chose, puis m’a dit que c’était peut-être un fibrome, ou alors, vu mon état de santé et l’apparence du fibrome, un fibrome qui sortirait tout seul dans 7 mois. J’étais complètement stupéfaite. J’avais eu mes règles normalement, aucun symptôme comme lors de ma première grossesse et j’étais donc enceinte de deux mois et demi. Le reste du temps a passé rapidement, ça ne fait pas du tout pareil une grossesse de 9 mois et une d’à peine 7 mois ! Le plus étrange, c’est que le matin même de cette visite médicale, j’avais dit à ma fille aînée que c’était la dernière tétée.

La grande a soigneusement surveillé que sa sœur ne tête pas plus longtemps qu’elle, 4 ans, pas plus. Personnellement, ça m’a suffit aussi. La cadette a mangé plus tôt que sa sœur, mais le sein est resté important pour s’endormir le soir, pour se réveiller le matin, sans parler des petits creux de nuit, de tout le réconfort en cours de journée.

Ce que j’ai adoré dans ces allaitements longs, c’est que ce n’est pas du tout pareil d’allaiter un bébé dont la vie dépend de ce lait et d’un plus grand, qui bouge, marche, se contorsionne dans tous les sens, surtout vers un an chez les miennes, et à ce moment-là, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir des seins télescopiques, et donne ses commentaires sur le goût, la température du lait. C’est unique et irremplaçable.

C’est à ma sortie d’hôpital, après l’abcès, que j’ai contacté la LLL. J’en avais déjà entendu parler, mais je n’osais pas, je pensais que c’était un groupe, genre dames patronnesses. Oh la la, quand j’ai appelé l’animatrice de garde, pour avoir confirmation que mon traitement était bien compatible avec l’allaitement, j’ai eu enfin l’impression de tomber sur une personne qui savait ce qu’elle disait, qui connaissait son sujet et écoutait. Quelques mois plus tard, je suis allée à une première réunion et des mamans que j’ai rencontrées alors sont toujours mes amies aujourd’hui. Et nos enfants aussi sont ami(e)s.

Bernadette Nozarian, www.mangerbio-eatingorganic.net

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